Ils avaient envie de terminer collectivement sur un moment énormissime. Dans la matinée, les forfaits conjoints d'Amaury Leveaux, Alain Bernard et Fabien Gillot des séries du 200m nage libre laissaient supposer d'une volonté commune de frapper très fort en finale du relais 4X50m nage libre. Pour briller ensemble, chacun était prêt à rogner sur des chances avérées de médaille individuelle. Quelques heures plus tard, l'histoire aura donné raison aux quatre mousquetaires tricolores. "Aujourd'hui c'était une seule et même équipe. C'est vrai qu'il y a eu beaucoup d'individualités et c'est normal, c'est la compétition qui veut ça. Mais là, c'était un seul et même nageur", a affirmé à l'arrivée le champion olympique du 100m.
Sur les coups de 18h20 dans le bassin de Rijeka, le quatuor français pulvérise le record du monde de la discipline en signant un temps de 1'20''77 (ndlr: Le 4X50m n'étant pas au programme des championnats du monde, il ne s'agit pas officiellement, selon la fédération internationale, d'un record du monde mais d'une meilleure performance mondiale). En établissant en deux temps (1'22''38 en séries avec Antoine Galavtine à la place de Leveaux) une marque inférieure de plus de 3 secondes au temps de référence établi en 2007 par le relais suédois, les sprinters français ont réalisé un gigantesque exploit.
Duboscq, enfin !
Bien lancé par un Alain Bernard revanchard (20''68 soit la deuxième meilleure performance mondiale), totalement mis sur orbite par Fabien Gilot et Amaury Leveaux (respectivement 20''33 et 19''93 lancés) et conclu en feu d'artifice par Fredérik Bousquet (19''87), le relais tricolore est allé chercher le 7e titre et la 20e médaille de la natation française à Rijeka. A titre de comparaison, rappelons que les Bleus n'avaient ramenés que 13 médailles, dont seulement 4 d'or, lors du précédent euro en bassin de 25m en 2007 à Debrecen en Hongrie.
Un peu plus tôt dans l'après-midi, le Havrais Hugues Duboscq avait enfin connu les honneurs de la première marche du podium sur un grand championnat. Le triple médaillé de bronze olympique, 2e vendredi du 100m brasse derrière l'Ukrainien Igor Borisik, s'imposait, soulagé, en finale du 100m brasse. En plus du titre, le protégé de Christos Paparrodopoulos s'adjugeait le record d'Europe de la distance en 2'04''59. "Je suis vraiment très content d'avoir enfin une médaille d'or, d'avoir été premier du début jusqu'à la fin de la course. La Marseillaise, c'est quand même un sacré hymne qui me prend personnellement au coeur", expliquait avec bonheur le nouveau champion d'Europe à sa sortie du bassin.
Objectif Rome
Dans la foulée, Alexandra Putra et la prometteuse Alexianne Castel, qui avaient éliminé Laure Manaudou en série, prenaient les deux premières places de la finale du 200m dos, signant ainsi le quatrième doublé tricolore de ces championnats d'Europe après le 50m nage libre masculin (1/Leveaux, 2/Bousquet), le 100m nage libre masculin (1/Leveaux, 2/Gilot) et le 400m nage libre féminin (1/Balmy, 2/Muffat). Toujours chez les filles, Sophie de Ronchi, sur le 100m brasse, et Diane Bui Duyet, sur le 100m papillon, allaient, quant à elles, chercher l'argent. Pour la néo calédonienne, véritable spécialiste du bassin de 25 mètres, qui battait au passage le record de France (56''83), la 2e place pouvait néanmoins avoir un goût amer tant elle avait semblé à son aise jusque dans la dernière longueur où la Danoise Jeanette Otessen était venue lui souffler la victoire.
Héros de cet Euro en petit bassin, Amaury Leveaux n'a pas été en reste sur cette dernière journée. Après ces titres et records du monde en 50m et 100m nage libre et avant l'apothéose collective avec le relais, le Mulhousien avait fait montre de sa polyvalence sur le 50m papillon. Recordman du monde de la distance depuis les championnats de France d'Angers, le protégé de Lionel Horter répondait une nouvelle fois présent en améliorant la marque au cours des séries (22''18) avant de s'adjuger une troisième médaille d'or individuelle en disposant aisément de ses adversaires en finale, quelques minutes seulement avant le départ du 4X50. "C'est quand même pas mal. Chaque course, un record du monde, que des médailles d'or, que des prize-money! C'est extraordinaire. Je profite. Je sens que les gens m'apprécient. Je leur rends la pareille. Je m'éclate", résumait enthousiaste la nouvelle star du sprint français.
Fort de son nouveau statut d'homme fort de la natation tricolore, Amaury Leveaux va maintenant devoir confirmer. A partir de maintenant, l'objectif ce sont les championnats du monde à Rome, en juillet prochain. Comme Bernard, Balmy, Manaudou ou Duboscq, le vice-champion olympique du 50m ne doit penser qu'à ça. On a déjà hâte d'y être...